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Thématique de l'étape 1

Villiers-sur-Morin, une colonie oubliée

Entre 1860 et 1928, la vallée du Grand Morin attire des dizaines de peintres en quête d’un paysage rural préservé. Villiers-sur-Morin devient un foyer artistique quand Amédée Servin y fonde le Cercle artistique en 1860, sans que cette colonie atteigne jamais la notoriété de Barbizon ou de Giverny.

Georges Serrier, Le pont de Villiers avec le lavoir

Entre Barbizon et Giverny, entre Pont-Aven et Collioure, l’histoire de l’art français a consacré certaines colonies artistiques en « hauts lieux » de la modernité picturale ; d’autres, pourtant actives et fécondes, demeurent dans l’ombre de l’historiographie. Villiers-sur-Morin appartient à cette seconde catégorie : un village briard situé à une heure de Paris par le chemin de fer de l’Est, où des dizaines de peintres se succédèrent entre 1860 et 1928, sans que cette présence continue ne cristallise jamais en « école » reconnue. Comment expliquer cet effacement ? La réponse se trouve dans la nature même de ce qui s’y pratiquait : une peinture de la persistance, attachée aux motifs vernaculaires (lavoirs, moulins, chemins creux) à un moment où l’avant-garde valorisait la rupture.

Amédée Servin (1829-1884), formé dans l’atelier de Michel Martin Drolling puis dans celui de François Édouard Picot à l’École des Beaux-Arts de Paris, avait pour camarades Jean-Jacques Henner, Benjamin Ulmann et Paul Baudry. En contact avec les peintres de Barbizon où il croise Théodore Rousseau et Jean François Millet, il s’installe à Villiers-sur-Morin vers 1857. Il y fonde en 1860 le Cercle artistique qui transforme ce village de la vallée du Grand Morin en foyer d’accueil pour les peintres parisiens. Le choix du lieu n’est pas fortuit : Corot lui-même avait jugé « bonne » la lumière de cette vallée. Mais contrairement à Barbizon où Rousseau et Millet imposèrent une vision unifiée du paysage forestier, Villiers ne produisit jamais de manifeste esthétique, de figure tutélaire charismatique, de style identifiable.

La production artistique villiersoise se caractérise par son hétérogénéité. Servin peint des intérieurs d’ateliers dans la tradition hollandaise ; Serrier applique au paysage briard la justesse tonale héritée de Corot ; Albert Grenier (1858-1925), condisciple de Toulouse-Lautrec, Van Gogh et Anquetin à l’atelier Cormon, oscille entre sérieux contemplatif et autodérision. Louis Anquetin, qui met au point le cloisonnisme avec Émile Bernard en 1887-1888, fréquente régulièrement la maison des Grenier à Villiers. En février 1928, quelques mois avant sa mort, le peintre japonais Yuzō Saeki quitte Paris pour Villiers-sur-Morin accompagné de Takanori Oguiss et Yamaguchi Takeo ; il y peint une trentaine d’œuvres en vingt jours.

L’étude de cette colonie met au jour moins l’histoire d’un mouvement pictural que la pluralité des manières d’habiter un même territoire à des moments différents. Le pont que Serrier peint en 1888 avec la retenue corotienne n’est plus le même que celui que Saeki aurait peint en 1928 avec sa violence expressionniste, non parce que le pont aurait changé, mais parce que le regard qui se pose sur lui s’est transformé.

Résumé

Entre 1860 et 1928, la vallée du Grand Morin attire des dizaines de peintres en quête d’un paysage rural préservé. Villiers-sur-Morin devient un foyer artistique quand Amédée Servin y fonde le Cercle artistique en 1860, sans que cette colonie atteigne jamais la notoriété de Barbizon ou de Giverny.

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