Les peintres
Amédée Servin, Campagne à Villiers-sur-Morin, 1881
Né à Paris le 16 juillet 1796 dans une famille de commerçants aisés, Jean Baptiste-Camille Corot reçoit en 1822 l’autorisation familiale d’embrasser la carrière de peintre et une rente qui lui permettra de travailler sans contrainte économique jusqu’à la mort de ses parents. Il séjourne trois fois en Italie, parcourt inlassablement la France, pose son chevalet partout où la lumière lui semble juste, à Fontainebleau comme à Normandie, à Morvan comme en Provence. Longtemps tenu pour un amateur, il n’est pleinement reconnu qu’après 1850 ; mais cette reconnaissance tardive ne l’a jamais aigri. Corot est de ces hommes pour qui la peinture n’est pas une carrière mais une manière d’habiter le monde, et le monde, pour lui, commence toujours par la lumière de l’aube sur les feuilles mouillées.
C’est en 1873, l’un des derniers étés de sa vie, que Corot séjourne à Crécy-en Brie, au 32 rue Dam’Gilles, chez son ami Francisque Chatelain, peintre local que ses deux principaux élèves, Cinot et Chatelain lui-même, avaient formé dans l’amour du territoire briard. Il peint dans les environs de Crécy plusieurs toiles dont une vue du Pré Manche à Voulangis, précisément localisable dans le paysage actuel. Le catalogue Robaut, référence exhaustive de son œuvre, documente ces dernières campagnes de peinture avec la rigueur qu’impose une œuvre de cette ampleur.
Corot meurt à Paris le 22 février 1875. Son passage à Crécy en 1873 n’est pas un épilogue mais une confirmation : toute sa vie, il avait cherché dans les paysages ordinaires de France, plaines, rivières, lisières de forêts, la même qualité de lumière que la Brie lui donnait si naturellement. Que la vallée du Grand Morin ait été l’un de ses derniers territoires dit quelque chose sur ce que ce paysage contient de fondamental : non pas le spectacle, mais la présence tranquille des choses dans leur lumière propre.
Les notices s’appuient sur un croisement de sources institutionnelles, documentaires et locales : répertoire des artistes du musée d’Orsay ; Centre national des arts plastiques (CNAP) ; National Museum of Modern Art, Tokyo (MOMAT) ; Bénézit, Dictionnaire critique et documentaire des peintres, sculpteurs, dessinateurs et graveurs (Gründ) ; bases du marché de l’art (Artprice, Drouot) ; catalogues des Salons des Artistes français et du Salon d’automne ; fonds Satet-Menon relatif aux peintres de la Vallée du Grand Morin ; sources locales relatives à la Vallée des peintres (commune de Villiers-sur Morin, Coulommiers Pays de Brie Tourisme) ; Museum of Modern Art, New York (Madame Lili Grenier, portrait par Toulouse-Lautrec, 1888) ; Nakanoshima Museum, Osaka (œuvre de Yuzō Saeki).