Les peintres
Amédée Servin, Campagne à Villiers-sur-Morin, 1881
Ryōkai Ōhashi appartient à cette génération de peintres japonais que l’effervescence de l’entre-deux-guerres parisien attira irrésistiblement en France, attirés non par le pittoresque de l’Europe mais par la conviction que la peinture moderne s’y jouait, que c’est là que les questions décisives se posaient sur la couleur, la touche, le rapport au motif. Sa biographie demeure à ce jour insuffisamment documentée dans les sources accessibles en langues occidentales : lacune qui dit, paradoxalement, quelque chose d’essentiel sur la réalité de ces circulations artistiques, des dizaines de peintres japonais traversèrent la France dans les années 1920 et 1930, dont certains n’ont laissé de traces qu’dans les œuvres elles-mêmes.
Ce que nous savons avec certitude, c’est sa présence dans la vallée du Grand Morin en 1928, au sein du groupe de peintres japonais qui gravitaient autour de Saeki lors de ses dernières excursions briards. L’œuvre qui l’inscrit dans le corpus de Villiers-sur-Morin est une représentation de l’église du village, motif récurrent chez les peintres de passage, de Saeki à Serveau, comme si l’édifice religieux incarnait la permanence du lieu face à la fugacité des regards qui s’y posent tour à tour. Que ce motif traverse les cultures, qu’un peintre japonais et un graveur français choisissent le même clocher comme point d’ancrage de leur vision, dit quelque chose d’universel sur la fonction structurante de l’architecture verticale dans la composition picturale.
Les notices s’appuient sur un croisement de sources institutionnelles, documentaires et locales : répertoire des artistes du musée d’Orsay ; Centre national des arts plastiques (CNAP) ; National Museum of Modern Art, Tokyo (MOMAT) ; Bénézit, Dictionnaire critique et documentaire des peintres, sculpteurs, dessinateurs et graveurs (Gründ) ; bases du marché de l’art (Artprice, Drouot) ; catalogues des Salons des Artistes français et du Salon d’automne ; fonds Satet-Menon relatif aux peintres de la Vallée du Grand Morin ; sources locales relatives à la Vallée des peintres (commune de Villiers-sur Morin, Coulommiers Pays de Brie Tourisme) ; Museum of Modern Art, New York (Madame Lili Grenier, portrait par Toulouse-Lautrec, 1888) ; Nakanoshima Museum, Osaka (œuvre de Yuzō Saeki).