Les peintres
Louis Anquetin, Portrait de Lili Grenier
Né à Étrépagny (Eure) le 26 janvier 1861, Louis Anquetin entre à l’atelier Bonnat puis rejoint celui de Cormon, où il rencontre Van Gogh, Bernard, Toulouse-Lautrec et Grenier. C’est avec Émile Bernard que, vers 1887, il élabore le cloisonnisme, technique qui emprunte à l’estampe japonaise et aux vitraux médiévaux pour délimiter les formes par des cernes noirs épais et les remplir de couleurs plates et pures. Félix Fénéon salue l’invention ; Gauguin s’en souvient à Pont-Aven. Un moment, il semble qu’Anquetin soit au seuil d’une révolution picturale.
Mais Anquetin se détourne rapidement de cette voie pour se consacrer à l’étude approfondie des maîtres anciens, Rubens en tête, dont il devient l’un des exégètes les plus fins de sa génération. Ce retournement, qui déconcerte ses contemporains, révèle moins une défaite qu’une exigence : la conviction que l’avant-garde sans mémoire se condamne à la légèreté, que l’invention ne vaut que si elle s’enracine dans la connaissance de ce qui l’a précédée. Il publie plusieurs traités sur la technique des anciens, restés des références pour les spécialistes.
Son Portrait de Lili Grenier, témoignage de la solidité des amitiés nouées à l’atelier Cormon, porte la marque de cette tension propre à Anquetin : la liberté chromatique de sa période cloisonniste y coexiste avec la rigueur formelle qu’il n’abandonnera jamais. Il meurt à Paris le 19 août 1932. Son œuvre, difficile à classer, à mi-chemin entre l’avant-garde et la tradition, attend encore l’historien qui saura lui rendre pleine justice.
Les notices s’appuient sur un croisement de sources institutionnelles, documentaires et locales : répertoire des artistes du musée d’Orsay ; Centre national des arts plastiques (CNAP) ; National Museum of Modern Art, Tokyo (MOMAT) ; Bénézit, Dictionnaire critique et documentaire des peintres, sculpteurs, dessinateurs et graveurs (Gründ) ; bases du marché de l’art (Artprice, Drouot) ; catalogues des Salons des Artistes français et du Salon d’automne ; fonds Satet-Menon relatif aux peintres de la Vallée du Grand Morin ; sources locales relatives à la Vallée des peintres (commune de Villiers-sur Morin, Coulommiers Pays de Brie Tourisme) ; Museum of Modern Art, New York (Madame Lili Grenier, portrait par Toulouse-Lautrec, 1888) ; Nakanoshima Museum, Osaka (œuvre de Yuzō Saeki).